Du Cantique des Cantiques au Qohélet

Leonard est né juif, il est juif et il va mourir juif. A l’instar de son grand-père, la prière est le langage naturel de Leonard. Les paroles très mystiques comme tous les textes de Léonard Cohen « Hineni, je suis prêt mon Dieu. » Hineni,  signifie en hébreu « je suis là », est le mot qu’Abraham utilise pour répondre à Dieu quand il lui demande de sacrifier Isaac, ainsi que le nom d’une prière de préparation et d’humilité, adressée à Dieu et chantée par le chantre à Rosh Hashanah. Un des couplets récurrents fait écho au Kaddish, la prière du deuil.

Magnified, sanctified be thy holy name
Vilified, crucified in the human frame
A million candles burning for a help that never came
You want it darker, we kill the flame.

Magnifiée, sanctifiée par le saint nom
Villipendé, crucifié par le corps humain
Un million de bougies brûlent pour une aide qui ne vient jamais
Tu le veux plus sombre, nous tuons la flamme.

Du Cantique des Cantiques… au livre de Qohélet : « Vanité des vanités, dit Qohélet ; vanité des vanités, tout est vanité » (Qohélet, 1, 2).

Mais justement, ces deux textes bibliques se présentent comme écrits par le même Salomon, ce qui ne manquera pas de rendre perplexes les commentateurs : comment le fils de David a-t-il pu composer deux ouvrages d’esprit aussi diamétralement opposé ? Les rabbins ont imaginé une réponse : c’est le jeune Salomon, amoureux et optimiste, qui a écrit le Cantique ; devenu vieux, blasé et pessimiste, il a composé le livre de Qohélet. Mais tout cela relève du même genre littéraire : la littérature de sagesse.

Somme toute, il en va de même pour Leonard, qui déploie à son tour les différents aspects d’une moderne sagesse. Du reste, mystique et critique peuvent chez lui aller de pair : « Tu m’as fait chanter / quand bien même tout allait de travers / tu m’as fait chanter / la chanson ‘Alléluia’ » (You Got me Singing, ibid.)…

Qu’il me soit permis de citer pour finir un souvenir personnel. Lors de ma première rencontre avec Leonard (une après-midi entière dans le jardin d’un hôtel particulier parisien), je lui ai posé la question : « Leonard, tu es juif ; tu es en train de parler avec un prêtre catholique ; on sait que tu t’intéresses beaucoup au bouddhisme : comment tout cela tient-il ensemble ? »

Réponse : « Oui, je suis juif, et cela a beaucoup d’importance pour moi ; j’ai des amis catholiques, et j’ai grand plaisir à parler avec eux ; je fais des séjours au monastère de Mount Baldy. Mais tu vois, pour moi, tout cela ce sont des chemins. Ce qui importe, c’est le but. La seule chose qui m’intéresse, c’est Dieu  »

 Qui peut dire en toute vérité : « La seule chose qui m’intéresse, c’est Dieu » ?

Toutes les traductions des textes de Leonard Cohen sont de l’auteur.

L. COHEN, Book of Mercy, Mac Clellan & Stewart, Toronto, 1984 -2ème éd. 1988.

 

.:Le commencement de la Sagesse, c’est de reconnaître que celle-ci nous manque, c’est dans cette lucidité que s’origine le désir de l’obtenir.

Jean-Yves Leloup, Jean-Yves Leloup n° 312 , (mars 2018)

Qohélet Une traduction et une interprétation du livre biblique attribué à Salomon, refusant de choisir une lecture particulière entre la lucidité et le désespoir, entre l’apologie de la vie et celle de la mort, mais soulignant que la contemplation et l’amour ne sont que vanité et illusion s’ils ne sont pas tempérés par la lucidité. ©Electre 2020
Le livre de l’Ecclésiaste

Peut-on être lucide sans être désespéré ?

La Sagesse, c’est l’expérience de « laisser Dieu être Dieu ». Ne pas lui créer d’obstacle et s’abandonner au mouvement de la Vie qui se donne.

Première étape sur le chemin de la sagesse et de l’amour proposé par les livres bibliques attribués à Salomon (l’archétype du Sage), L’Ecclésiaste est le plus décapant : la lucidité est essentielle car, sans elle, contemplation et amour ne sont que vanité. Mais, si « tout est évanescence et poursuite du vent » , ne nous reste-t-il pas encore le miracle et la joie de l’instant ? Telles sont les questions que le Qohélet nous pose. Dans cette nouvelle traduction, enrichie d’une interprétation originale, Jean-Yves Leloup montre l’actualité de ce « grand grognard » dont les paradoxes sont aussi ceux de notre temps.

 

  » Pour celui qui est « doux et humble de cœur », tous les êtres sont des épiphanies de l’Être. Tout ce qu’on fait « au plus petit », c’est à Lui qu’on le fait – transcendance et immanence ne sont plus opposés, c’est dans l’immanence de l’être humain (le Temple de son corps) que la Transcendance peut être rencontrée. »

« Tout est impertinent, évanescent, mais tout est là, et tout est là pour que nous puissions, non nous en attrister mais nous en réjouir. (…)
La connaissance de ce qui est ainsi comme un don de YHWH est source de joie pour l’être humain.
Percevoir la gratuité incompréhensible de son existence est la véritable sagesse, qui arrête de donner des explications ou de revendiquer du sens, mais qui s’étonne « de ce qui est donné là » « sans pourquoi » ; c’est en remerciant que l’on pense le mieux (denken).
La vie, on ne la comprend et on ne l’apprécie qu’en la remerciant. »

 

https://www.erudit.org/fr/revues/theologi/2010-v18-n2-theologi1829862/1007485ar.pdf

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