Al Farabi

arabi (ob. 950), philosophe persan originaire des confins des mondes persan et turc (Transoxiane), vient s’établir à Bagdad vers la fin du IXe siècle. Là, après avoir fréquenté quelque temps les théologiens muʿtazilites de la capitale, il rompt non seulement avec la théologie islamique, mais aussi, plus largement, avec l’idée qu’il pourrait exister un savoir authentique fondé sur des prémisses religieuses. Il devient alors l’élève des philosophes péripatéticiens chrétiens de Bagdad. Ses maîtres, comme ses disciples connus, sont tous chrétiens. Avec ses collègues, il devient l’un des premiers grands commentateurs d’Aristote en arabe. Mais son œuvre ne doit pas davantage au christianisme qu’à l’islam. Tout en l’adaptant, il fait sienne l’idéologie religieuse des derniers Hellènes et prétend qu’une religion doit être l’analogue, au niveau de l’opinion, de la philosophie théorétique. Elle ne peut donc être fondée que par un philosophe accompli. Al-Fârâbî de son nom complet Abû Nasr Muhammad ibn Muhammad ibn Tarkhân ibn Uzalagh al-Fârâbî également connu en Occident sous les noms de Alpharabius, Al-Farabi, Farabi, Abunaser ou Alfarabi est un philosophe musulman sunnite persan médiéval . Né en 872 à Wâsij près de Farab en Transoxiane (actuel Kazakhstan), ou à Faryab au Khorassan (actuel Afghanistan), il meurt à Damas, en Syrie en 950. Il approfondit toutes les sciences et tous les arts de son temps, et est appelé le Second instituteur de l’intelligence. Il étudie à Bagdad (Iraq). On lui doit un commentaire de La République de Platon, ainsi qu’un Sommaire des Lois de Platon.
Loin d’être un obscur philosophe médiéval, Al-Farabi fut appelé le « Second Maître » par Averroès (Ibn Roschd) et Maïmonide, le « Premier Maître » n’étant autre qu’Aristote, qui, aux yeux d’Averroès, passe pour avoir établi définitivement la gloire de la philosophie. Al-Farabi est l’un des premiers à étudier, à commenter et à répandre parmi les musulmans la connaissance d’Aristote.

Fils d’une famille notables perses dans laquelle le père aurait exercé un commandement militaire à la cour samanide, vassale du califat abbasside arabe de Bagdad, Abu Nasr Al-Farabi part se former dans la capitale califale. À Bagdad (actuel Irak), il étudie la grammaire, la logique, la philosophie, les mathématiques, la musique et les sciences. Al-Farabi y suit les enseignements de Abu Bishr Matta ben Yunus et fréquente les philosophes chrétiens nestoriens héritiers de la translatio studiorum des Grecs vers le monde arabe, du fait de la fermeture des écoles philosophiques païennes d’Athènes par Justinien en 529. Cette fermeture marque la fin de l’Académie de Platon. Les textes grecs antiques seront cependant sans cesse recopiés et étudiés (seul procédé de conservation de l’époque) dans les centres monastiques de Grèce et à Constantinople. Toujours est-il que les philosophes grecs platoniciens se réfugient à Alexandrie, à Harran et à Antioche en Turquie, avant d’essaimer vers Bagdad. L’exode des philosophes grecs donne lieu à d’intenses traductions du grec en syriaque et du syriaque vers l’arabe. Al-Farabi va fréquenter certains de ces traducteurs, comme Yuhanna (Johannes) ben Haylan.
Son éloquence, ses talents dans la musique et la poésie lui concilièrent l’estime du sultan de Syrie, Seïf-ed-Daulah, qui voulut l’attacher à sa cour. Mais Al-Farabi s’en excusa et partit, tué par des voleurs en route.

 

L’école de logique à Bagdad au Xe siècle et, avec elle, un universel composite où s’harmonisent les sources grecques de la philosophie, l’exégèse du Coran et la poésie arabe. Il approprie des cultures plurielles en vue de former al-adîb, l’honnête homme ou l’âme cosmopolite. Lire Le Livre de lu religion en même temps que le Compendium des Lois de Pluton et les petits traités sur L’Art des poètes donne une idée de ce programme intellectuel. Il y va d’exigences pratiques et de stratégies discursives: avec la « loi divine » (al-saria) et son acception platonicienne, c’est la dynamique du droit qui nous est présentée. Avec la « sagesse » (al-hikma), c’est une philosophie argumentative et contextualisée que l’on découvre. Un glossaire thématique et terminologique ainsi qu’un dossier historique accompagnent ce travail de lecture des textes où la langue philosophique arabe d’al-Fàrâbi peut à chaque moment être comparée à sa traduction française.

 Al-Farabi Abu Nasr

« Si d’autre part la science d’une chose en est la science démonstrative, c’est donc cette partie de la philosophie qui donne les démonstrations de ce qui est compris dans la religion vertueuse. Il s’ensuit donc que le métier royal, à partir duquel la religion s’agglomère, tombe sous la philosophie. »

« Une religion, ce sont les opinions et les actions réglementées et rattachées à des clauses, que prescrit le premier gouvernement d’un groupe de gens, en revendiquant d’acquérir, à la faveur de leur adoption par eux, un objectif défini qu’il a sur eux ou grâce à eux. »

L’Épître sur l’intellect de Farabi (c. 950) était surtout connue jusqu’à récemment dans sa traduction latine éditée et étudiée par E. Gilson en 1929. Ce traité, qui eut une certaine influence sur la scolastique latine, n’avait en français fait l’objet d’aucune étude d’ensemble dans sa version arabe publiée par les soins du P. Bouyges en 1938. C’est cette étude qu’on s’est proposé de mener à bien sur la base d’une nouvelle traduction commentée. En bien cerner l’intention nécessitait d’en situer les thèmes à la fois dans l’histoire de la philosophie et dans la perspective de l’évolution de la pensée de Farabi. L’Épître révèle un penseur déjà maître de la falsafa naissante et dans la perspective de l’évolution de la pensée de Farabi. Bien loin du traité brouillon qu’on a voulu y voir, son étude attentive révèle un philosophe déjà maître de la philosophie développée dans ses œuvres plus tardives et maître également d’une pensée pédagogique qui a donné au traité sa facture particulière : clair sur les thèmes politiques du début du traité, qui sont analysés ici pour la première fois, puis volontairement elliptique vers la fin, au moment de conclure sur les Causes secondes et le Premier principe, Farabi va d’abord à la rencontre de ses lecteurs et les incite ensuite, par la difficulté croissante de l’exposé, à rechercher au-delà du traité les questions que celui-ci ne fait qu’esquisser. Tout en invitant ses contemporains à venir en apprendre plus auprès de lui, l’œuvre pose les fondements conceptuels de l’espérance philosophique et le terme de la vie humaine accomplie : l’immortalisation par la connaissance, au stade où l’intellect devient « acquis » (adeptus). Alexandre d’Aphrodise et en particulier son De anima servent ici de caution et de prétexte aristotéliciens à l’élaboration d’une doctrine dont l’ontologie de référence est inspirée du Plotin arabe.

 

Presse

Cette Epître sur l’intellect, loin de n’être qu’un simple commentaire de la noétique (philosophie de la pensée) d’Aristote, peut se lire comme un condensé du système et du style d’Al-Fârâbî.
Philosophie Magazine – 01/09/2012

Biographies Contributeurs

Al Farabi

Farabi (ob. 950), philosophe persan originaire des confins des mondes persan et turc (Transoxiane), vient s’établir à Bagdad vers la fin du IXe siècle. Là, après avoir fréquenté quelque temps les théologiens muʿtazilites de la capitale, il rompt non seulement avec la théologie islamique, mais aussi, plus largement, avec l’idée qu’il pourrait exister un savoir authentique fondé sur des prémisses religieuses. Il devient alors l’élève des philosophes péripatéticiens chrétiens de Bagdad. Ses maîtres, comme ses disciples connus, sont tous chrétiens. Avec ses collègues, il devient l’un des premiers grands commentateurs d’Aristote en arabe. Mais son œuvre ne doit pas davantage au christianisme qu’à l’islam. Tout en l’adaptant, il fait sienne l’idéologie religieuse des derniers Hellènes et prétend qu’une religion doit être l’analogue, au niveau de l’opinion, de la philosophie théorétique. Elle ne peut donc être fondée que par un philosophe accompli.

Philippe Vallat

Philippe Vallat, docteur en philosophie (Paris I, Panthéon-Sorbonne) et arabisant (INALCO, Egypte, Syrie), est ancien boursier de la Fondation Humboldt, ancien pensionnaire de l’Institut Français du Proche Orient (IFPO Damas) et chercheur associé du Laboratoire d’Etudes sur les Monothéismes (CNRS, Villejuif). Dans la même collection il a édité l’Epître sur l’intellect de Farabi (2012).

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