Rumi, Moïse et le berger

Rumi, Moïse et le berger ou les vertus transformantes du Verbe

par Leili Anvar

Résumé

Djalâl al-din Rumi (1207-1273) est l’un des poètes les plus prolifiques et les plus originaux de l’histoire de la littérature persane. De la vallée de l’Indus jusqu’à la Californie, son œuvre a inspiré et transformé nombre d’artistes, de savants et de mystiques. Lui-même fut à la fois un savant religieux et un maître spirituel vénéré, avant de faire une rencontre décisive qui fit de lui un poète et le chantre de l’amour mystique. Ce fut en effet, à la suite de sa rencontre avec Shams, un mystérieux derviche dans lequel il vit le reflet de la théophanie, qu’il se livra corps et âme à l’audition mystique et à la composition poétique, tentant de mettre des mots sur la mise à feu de son âme. Mais cette œuvre poétique, il la considère aussi comme le seul moyen non seulement de rendre compte de la richesse de ses expériences intérieures, mais aussi d’ouvrir le cœur de son auditoire à la vérité de l’amour spirituel. Que ce soit dans son œuvre lyrique (Divân-e Shams) ou dans sa somme didactique (le Mathnavi), il est toujours question de transformer l’âme humaine en lui faisant entendre le Verbe de Dieu à travers la poésie. Dans « l’histoire de Moïse et du berger » extraite du Mathnavi, ce processus est illustré de manière claire, efficace et émouvante. Ce récit est, à bien des égards, emblématique de toute l’œuvre de Rumi qui se présente comme une manifestation du Verbe divin et représente un formidable message d’espoir et de tolérance.

13 septembre 2008, Palais du Luxembourg, Paris

 

 

La littérature, pour paraphraser Baudelaire, est le « meilleur témoignage que nous puissions donner de notre dignité » : elle est ce « sanglot qui roule d’âge en âge », témoignant de la condition humaine, en même temps que ce « flambeau » qui, en projetant sur toute chose une lumière spéciale, nous rend capable de changer de regard, et peut-être ultimement de transformer le monde, ou de  «changer la vie », comme disait Rimbaud.

La question se pose néanmoins de savoir si la plume peut combattre l’épée et si la littérature porte en elle assez d’idéal pour accomplir une mission pacificatrice et civilisatrice. Peut-être sa vertu transformatrice s’exprime-t-elle d’abord, pour chacun, dans l’opération même de la lecture et le travail de défamiliarisation qu’elle implique. Toute grande œuvre littéraire serait en ce sens « engagée », pour autant qu’elle entre en résonance avec le souci éthique qui est inséparable de l’expérience humaine et de ses remous historiques.

En se penchant sur quelques grandes figures de la littérature mondiale, deux nouvelles éditions des Journées de la Solidarité Humaine (2008 et 2009) ont permis de mieux comprendre comment se constitue, à des époques et dans des cultures différentes, l’horizon d’un tel engagement, mais aussi d’en préciser les formes et les limites. Il s’est agi de voir notamment comment de grands auteurs – poètes, romanciers ou dramaturges – furent aussi de grands penseurs, en quête d’une voix qui puisse dire le monde, mais aussi d’une voie qui leur permette de rendre sensible l’aspiration à une forme d’humanité idéale, c’est-à-dire plus humaine, libérée des ténèbres de l’ignorance et de la violence.

L’ampleur du sujet imposait de ne pas se contenter d’une seule journée, mais de répartir les problèmes sur deux années, à travers deux journées distinctes. La première («Changer l’homme», septembre 2008) a été consacrée à la manière dont certains auteurs ont pensé et pratiqué la littérature comme moyen de changer l’homme individuellement, dans une perspective éthique. La seconde journée, elle (« Changer le monde », septembre 2009), a tenté d’explorer des œuvres qui traduisent l’élan vers un idéal social ou politique, entendu dans le sens le plus noble du terme.

La journée a été animée par Jacques Munier, producteur à France Culture

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